Chercheurs et entrepreneuriat : et si vous vous lanciez ?

Mis à jour : 19 nov. 2019

Une série de billets sur la création d'entreprise chez les docteurs


Depuis sa création il y a 11 ans, Adoc Talent Management intervient auprès d’organisations variées pour les aider à recruter des PhDs et des profils scientifiques & techniques de haut niveau. À travers ses formations et différentes manifestations pour la promotion de l’entrepreneuriat, dans des salons ou des concours pour les startups innovantes, la société accompagne aussi des chercheurs qui choisissent de créer leur propre entreprise. Aussi, nous avons décidé de dédier une série d’articles à l’entrepreneuriat par les docteurs en interviewant ici Amandine Bugnicourt, co-fondatrice et CEO de Adoc Talent Management.



« Je ne m’étais jamais imaginée devenir entrepreneure avant de fonder Adoc Talent Management. »





Vous-même docteure, comment en êtes-vous venue à vous lancer dans l’entrepreneuriat ?


Je commencerai en disant que je ne suis pas « née » entrepreneure. Je ne m’étais jamais imaginée devenir entrepreneure avant de fonder Adoc Talent Management. Je crois que c’est le cas pour nombre de PhDs qui au final deviennent entrepreneurs notamment en valorisant leurs résultats de recherche : c’est souvent l’idée qui précède l’envie d’entreprendre et qui la nourrit, alors que d’autres profils vont peut-être plutôt chercher une idée parce qu’ils ont une envie d’entreprendre. Dans le cas de Adoc Talent Management, Matthieu (Lafon, co-fondateur d’Adoc Talent Management) et moi étions impliqués depuis plusieurs années dans l’écosystème doctoral. En contact fréquent avec les acteurs tournant autour du doctorat, comme les entreprises, les doctorants et PhDs eux-mêmes, les universités, etc., nous avons identifié l’un des freins au recrutement des docteurs en entreprise : la difficulté perçue par certaines entreprises à recruter ces profils. C’est de notre envie de valoriser le doctorat et de l’idée de faciliter cette intégration qu’est venue l’envie d’entreprendre. Nous tentions d’agir sur cet enjeu à travers notre implication au sein de différentes associations, et avons pris la décision de nous y consacrer à temps plein en accompagnant les entreprises d’une manière très opérationnelle pour leur permettre d’identifier et d’évaluer les bons talents pour les rejoindre.


Quelle est l’importance des startups créées par les chercheurs en France ?


Dans notre plus récente étude Emploi en 2017, la part des PhDs qui déclaraient être leur propre employeur (créateur d’entreprise, autoentrepreneur ou profession libérale) augmentait de façon notable, et passait de 1% après la soutenance à 3% trois années après, pour s’élever finalement à 4% cinq ans après l’obtention du doctorat. Cela dit, il faut préciser que les startups de chercheurs sont très bien représentées dans certains secteurs, notamment dans les technologies innovantes. On le voit au concours iLab du MESRI, qui soutient le développement de startups en deep tech. En 2018, 40% des lauréats étaient PhDs, c’est énorme!



« Il n’y a pas de modèle arrêté à copier comme dans des entreprises plus traditionnelles, il faut tout inventer ! »


Pour un chercheur, pourquoi choisir l’entrepreneuriat au lieu du salariat ?


D’abord, ça permet de faire vivre une idée qu’on porte en soi, et de le faire à sa façon, en respectant ses valeurs. Il y a quelque chose de gratifiant dans le fait d’apporter une solution innovante à un problème spécifique non résolu ou à un besoin émergent. C’est aussi ce qui fait toute la complexité de la création d’une startup innovante. Il n’y a pas de modèle arrêté à copier comme dans des entreprises plus traditionnelles, il faut tout inventer : des briques technologiques à leur appropriation par le marché, des modèles économiques en passant par les modèles organisationnels internes...


C’est pour tout le monde, l’entrepreneuriat ?


Est-ce que c’est pour tout le monde? Non, je ne pense pas, il faut une certaine appétence pour le risque et pouvoir accepter le risque d’échec et la précarité financière des débuts. Il faut aussi avoir l’énergie nécessaire car on ne compte pas ses heures, au début et même après. Pour un chercheur académique, cela veut aussi dire faire le deuil de son métier de chercheur en devenant entrepreneur et c’est un choix délicat. C’est un choix très personnel, un choix de carrière très marqué, surtout en France. Contrairement à d’autres pays, où “se planter” est vu comme une bonne chose, retourner vers le salariat dans le cas d’un échec peut être compliqué. Même si les mentalités évoluent, il y a des craintes au sujet des entrepreneurs. On se demande s'ils seront “gérables” dans une équipe, s’ils vont accepter d’avoir un chef, etc. Il est primordial pour des entrepreneurs qui retournent vers des postes salariés d’apprendre à valoriser l’expérience entrepreneuriale sous l’angle des compétences acquises.


« Un bon chef d’entreprise est quelqu’un qui fédère autour d’une vision et qui accepte ses limites et trouve les solutions pour les compléter. »

Quelles compétences acquises par la pratique de la recherche sont utiles pour entreprendre ?


Il y en a beaucoup car dans les deux cas on crée quelques chose de nouveau, voici celles qui me viennent d’emblée à l’esprit : la créativité, la ténacité, savoir rebondir sur l’échec, naviguer dans l’incertitude, sentir les tendances émergentes, la veille, la collaboration, la mobilisation d’expertises externes, la recherche de financements, la force de persuasion, la capacité de présenter son projet à différents publics. Ce n’est pas la totalité des compétences mobilisées par l’entrepreneur, mais en voilà certaines qui sont très structurantes. Par ailleurs, je dis souvent qu’il n’y a pas qu’un seul type d’entrepreneur, et bien heureusement ! En formation avec des entrepreneurs, je le rappelle, « vous ne serez pas Bill Gates demain matin, et ce n’est pas grave. Soyez vous-même, avec vos forces et vos faiblesses. Un bon chef d’entreprise est quelqu’un qui fédère autour d’une vision et qui accepte ses limites et trouve les solutions pour les compléter. ». Il faut être honnête avec soi-même sur son envie d’entreprendre en premier lieu et bien connaître ses forces pour les mettre à profit de manière adéquate dans son projet entrepreneurial. Il faut aussi se connaitre sur ses faiblesses, pour se former ou trouver des collaborateurs ou des associés qui seront complémentaires.


Et les compétences à obtenir ?

Cela dépend des compétences nécessaires pour mener à bien le projet sur toutes ses facettes (i.e.: Gérer, Financer, Manager, Développer, Industrialiser, Certifier, Produire, Vendre, Etc.), ce qui va compter ce sont les compétences de l’équipe.

Forcément, un chercheur ne sera pas aussi expert-comptable, spécialiste en droit des affaires, en marketing, en fiscalité ou en RH... En revanche comme entrepreneur, être a minima sensibilisé sur tous ces enjeux et d’autres est important, au moins pour pouvoir piloter des collaborateurs ou prestataires qui s’en occupent. Au début, on est CEO, pour « Chief Everything Officer » (selon l’expression de Dr Arnault Ioualalen, Fondateur et PDG de Numalis), donc il faut vraiment être prêt à faire 15 métiers… S’intéresser au côté commercial, au pricing, aux relations avec les investisseurs, etc. bref avoir envie de toucher à tout!


Liens utiles :

Concours iLab

Présentation des lauréats iLab 2018

Rapport de l’étude Emploi 2017




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